Chapitre LXX ODET ET LAITA

À partir de Penmarch la côte cesse de regarder l'occident.

Elle se tourne vers le midi, et désormais la mer s'insurge moins; au large, des brise-lames l'arrètent îles comme Belle-Isle ou Groix; îlettes comme Hoedic ou Houat; îlots comme les Glénan ; puis des écueils et des éclaboussures de rocs, des plateaux sous-océaniens avec nom ou sans nom toute cette digue, ici brisée, là ébréchée, découronnée, est le reste d'un ancien rivage.

Belle-Isle, plus avancée dans l'Océan que Hoedic, Houat et Glénan, fit partie d'un littoral antérieur.

L'Anse de Bénodet est la première grande échancrure de cette Bretagne moins bruyante en sa mer, moins stérile sur son rivage, souvent même bocagère jusqu'au liséré de la vague.

Elle reçoit deux fleuves l'Aven de Pont-l'Abbé, l'Odet de Quimper ; Bénodet tire son nom de l'embouchure de celui-ci, car Bénodet, affaiblissement de Pénodet, c'est « tête de l'Odet » : non son commencement, mais sa fin.

Elle enferme deux iles: l'île Chevalier, l'ile Tudy. L'île Chevalier, longue d'une demi-lieue, haute de 15 mètres, ne surgit pas dans l'anse même de Bénodet, mais dans l'estuaire de l'Aven, d'abord ru, pastoral et champètre, puis au delà de Pont-l'Abbé, tout à coup bras de mer de 1 500 à 2 000 mètres de large avec jolis îlots boisés. L'Île-Tudy (39 hectares) n'est plus une île depuis que sables et chaussées l'ont soudée au continent par une longue flèche d'extrême étroitesse.

L'Odet passe à la dignité de rivière navigable dans une ville appelée réellement « Confluent », ce que signifie le celte Quimper :exactement Kimber ; et avant d'être Quimper tout court, ou Quimper-Corentin, d'après le premier évêque de la Cornouaille, elle se nommait Kimber Odet ou confluent de l'Odet (et du Steir).

L'Odet, c'est-à-dire les rivages, et le Steir, c'est-à-dire la Rivière, s'unissent donc dans la charmante capitale du Finistère ; ils y composent un fleuve à marée qu'on navigue de ville à mer, sur 17 kilomètres, par 2 mètres 10 en morte eau, 3 mètres 30 en vive eau, dans un estuaire de 200, 500, 1 000, 1 500 mètres entre rives, fjord qui reçoit des sous-fjords, autres apparences de fleuve continuées en amont par de minces ruisseaux.

A son engloutissement dans l'anse de Bénodet, ce fils du versant méridional des Montagnes Noires a parcouru quatorze lieues, drainé 75 000 hectares; il roule à son premier contact avec la marée 8 mètres cubes en volume coutumier, 3 au plus bas.

La seconde grande échancrure, c'est la très gracieuse Anse de la Forêt, que bordent les chênes et qui fut elle-même forèt : d'où son nom; mais l'Océan roule sa vague sur cette sylve dès longtemps engloutie dont la très basse mer révèle parfois quelques troncs. Ce rentrant de la côte serait la moitié d'un ovale sans les trois estuaires qui l'irrégularisent en le prolongeant par trois cornes vers le nord. Une pècheuse de sardines, Concarneau touche presque à cette anse, partie sur terre ferme à l'issue d'un beau fjord, partie sur un flot où son quartier de Ville-Close est muré, comme une plus sombre Aigues-Mortes, par un vieux rempart de granit. Concarneau est devenue piscicole et l'on célèbre son aquarium.

A son enfoncement dans les terres, à l'obstacle d'un plateau sous-marin de grande étendue qui sépare au sud les eaux littorales des eaux du grand large, l'anse de la Forêt doit d'être une des moins orageuses de l'Armorique; ce plateau en briselames a pour tètes visibles, à f1 kilomètres en mer, les neuf îles de l'archipel des Glénan, qui toutes ensemble portent 75 Glénantois sur leurs roches éparpillées. Soixante-quinze hommes seulement, et leur sporade ne saurait les nourrir tant il y a peu d'humus, peu d'herbe sur ces débris infinitésimaux d'un ancien fronton du continent.

La troisième grande anse boit l'Aven, c'est-à-dire l'eau, la rivière, et spécialement l'Aven de Rosporden (36 kilomètres, 21 500 hectares.), qui devient fjord à partir de la rocheuse Pontaven, la « ville des meuniers »

« Pontaven, cité de renom; quatorze moulins, quinze maisons. »

La quatrième, l'Anse du Pouldu ou de l'Étang Noir absorbe la Laita, le fleuve de Quimperlé.

Effluent de 80 000 hectares, la Laita, qui a dix-sept lieues de déroulement à partir de la font la plus reculée de sa conque, devrait s'appeler la Lèta, des deux mots Lét Aw : Près de l'eau, près de l'Océan.

Dans Quimperlé, exactement Kimber Ellé ou Confluent de l'Ellé, s'unissent les deux jolies rivières qui forment la Laita :

L'Ellé, plein de saumons, et son frère l'Izôle,
De Scaer à Quimperlé courant de saule en saule.

Ainsi les décrit Brizeux.

L'Ellé, Ellez, Elez, c'est l'« Eau sombre », qui passe au bas du Faouet ; l'Izôle, c'est la « Rivière basse », qui coule au bas de Scaër.

« Quimperlé,gracieuse et pimpante,dans l'Arcadie de Basse-Bretagne », étage ses jardins fleuris sur son « Rhône » et sur sa « Saône » à 16 kilomètres de l'Océan, qui pousse jusque-là son îlot de marée et fait la Laita navigable en vive eau pour les bateaux qui n'exigent pas plus de 2 m. ½ de profondeur. De la ville à la mer le fleuve s'avance à la rencontre de l'Atlantique au fond d'une sorte de cagnon, entre versants et roches de 50 à70 mètres.

La cinquième anse, c'est l'Estuaire de Lorient où se confondent deux rivières à marée : le Blavet et, bien moindre le Scorff, à deux lieues au nord-est de l'île de Groix.

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